Biker : Né un quatre juillet.Le 4 juillet 1947 à Hollister, ceux que l’on ne nomment pas encore « motard » ou « biker », entrent dans l'histoire de la motocyclette par la grande porte et par là même dans l'histoire des mouvements sociaux qui vont ponctuer et profondément modifier la société occidentale de la seconde moitié du vingtième siècle.
Ce petit bourg agricole à 60 km au sud de San Francisco voit débarquer en ce jour de fête nationale 4 à 5000 motards venus de tous les états de l'Ouest américain. Notons que c'est le premier week end de trois jours depuis la fin de la guerre.
La fédération ainsi que la ville organisent le « Gipsy Tour », une manifestation sportive au Bolado Racetrack. Celui-ci ne peut accueillir la grande majorité des motards. Ces derniers prennent possession de la main street, la San Benito Avenue. Les 6 policiers de la ville coupent l'artère à la circulation automobile. Rapidement, les motards vont y organiser des courses d'accélération et des cascades. Les 27 bars (la ville est le plus important marché à bestiaux du Nord de la Californie) que comptent le bourg sont pris d'assaut. Durant 40 heures, la ville est un Barnum mécanique. Les motards dorment sur les pelouses des particuliers. Ils entrent en moto dans les bars.
A 15 heures 55, le samedi 5 juillet 1947, le chef de la police d'Hollister, Fred Earle, appelle à la rescousse les Californian Highway Patrolmen (CHP). 40 hommes débarquent à Hollister à 18 heures.
Quelques tirs de lacrymogènes n'effraient pas les anciens combattants qui ont vu bien pire !
Le capitaine LT Ben Torrès, qui commande l'escouade, à l’idée de réquisitionner un orchestre devant se produire en ville et l’installe sur le plateau d'un camion.
Ce dernier et son drôle de chargement entre sur la main street à la tombée de la nuit. Immédiatement, il se forme derrière lui un long cortège dansant qui aiguillonné par les CHP fini par se disloquer.
A minuit, la San Benito Avenue, littéralement couverte d'un lit de verre brisé, est rendue à ses habitants.
La fiesta d'Hollister aura finalement durée moins de 40 heures. 50 personnes ont été arrêtées pour des délits mineurs tel qu’ivresse sur la voie publique et conduite dangereuse. 40 bikers sont à l'hôpital Hazel Hawkins pour des bobos : coupures, intoxications aux lacrymogènes et comas éthyliques.
BERT KIRK, conseiller municipal déclarera : « Il apparaît qu'il n'y a pas eu de dommages sérieux. Les motards se sont fait plus de mal à eux-mêmes qu'à la ville ! ».
Quant la machine médiatique se met en marche...
C.J Doughty et le photographe Barney Paterson couvraient le Gipsy Tour pour le compte du San Francisco Chronicle. C'était les deux seuls journalistes en ville pour ce qui va devenir les « Evénements d'Hollister ».
Tous deux, notamment en mettant en scène la célèbre photo du biker ivre sur sa Harley Davidson Knucklehead qui fera une pleine page dans le numéro de 21 juillet 1947 de Life Magazine, ont très vite compris qu'il tenait un scoop en y mettant une bonne louche de journalisme à sensation.
Ainsi, dès le 6 au matin, il publie un premier papier intitulé: « Ravage à Hollister ». Ils vendent de leur propre chef photos et articles à l'agence de presse : Associated Press. L'idée d'un gang de motards mettant à sac une petite ville est née et elle fait le tour des rédactions d'Est en Ouest !
Dès le 7, les journaux rivalisent avec des Unes à l'odeur de souffre. Le San Francisco Chronicle titre sur «un bain de sang et de bière à Hollister », Le San Francisco Examiner rétorque avec « La bataille d'Hollister » .
La sur-médiatisation des incidents d'Hollister nourrit d'autant plus les tabloïds qu'à Riverside, dans le sud de la Californie, d'autres échauffourées éclatent en 1948, toujours un 4 juillet.
« L’Equipée Sauvage » (« The Wild Ones » en anglais) sort aux USA en 1953.
Il est réalisé par Laslo Benedeck mais l’homme qui porte ce film est son producteur, Stanley Kramer. Il s’agit pour tous d’une série B. Le film a ainsi été tourné en 24 jours au studio de la Columbia sur pellicule noire et blanche.
Stanley Kramer met donc en image la psychose, largement entretenue par la presse depuis 1947, d’une horde motorisée envahissant la main street d’une paisible bourgade avant de la mettre à sac. Il engage Marlon Brando, déjà une énorme vedette depuis «Un Tramway Nommé Désir » et un jeune acteur en devenir, Lee Marvin, qui jouera le rôle du « bad guy ».
« Omni par les adultes et idolâtré par la jeunesse », telle pourrait être la maxime du film.
L’Equipé Sauvage sera ainsi interdit en Angleterre jusqu’en 1968 ! ! !
Suite au film, les ventes de blousons noirs vont exploser alors que les premiers bikers portaient des blousons d’aviateur. Les posters de Brando posant devant sa Triumph vont orner les chambres des adolescents du monde entier.
Signalons que Lee Marvin, qui joue le rôle de « Chino » a la dégaine, la moto (l’une des trop rares Harley Davidson, qui plus est bobberisé, du film ! ) et la gouaille d’un véritable biker qui « sévissait » sur la cote Ouest.
Mais la vraie star de ce film est incontestablement la horde furieuse de bobbers et de motos anglaises slalomant sur les routes de Californie. Cette image hante et hantera longtemps l’inconscient de tous motards.
«L’Equipée Sauvage» donne à tout jamais une résonance mondiale, certes très déformée, au mouvement biker initié en Californie et l’inscrit à tout jamais dans la contre-culture au même titre que le Rock n’Roll naissant et le mouvement littéraire de la Beat Generation.
Qu’aurait été Hollister sans « L'Equipée Sauvage » ?
Laurent Blasco
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