| (...) Quelques cases
plantées ça et là me font encore croîre que l'humanité est encore
présente dans de telles contrées.
Je décide d'emprunter les vestiges de la route coloniale numéro
1 rebaptisée on ne sait pourquoi "Guatemala". Une vingtaine
de kilomètres de l'ancienne artère a été préservée pour desservir
quelques plantations.
Je découvre une petite route au macadam refait de neuf dont les
rayons de soleil ont du mal a traverser la canopée. Ce chemin est
un vrai calvaire pour ma colonne vertébrale. Le Softail, passés
les 40 km/h, sursaute tel un cabris ayant pris de l'EPO. Je soulage
mon dos et la bête en me mettant debout sur les marchepieds
réflexe d'enduriste! Je peux alors admirer de mon promontoire la
végétation luxuriante et quelques vieilles demeures créoles fantomatiques
qui ne dépareraient pas dans une nouvelle de Stephen King. Le terminus
de la route est le ponton du bac désaffecté traversant la rivière
Kourou. Marche arrière toute et prenons le moyen de communication
moderne, en l'occurrence le pont enjambant le fleuve.
Un chapelet de trois massifs matérialise
Kourou, la ville spatiale. C'est ici que nous découvrons les plus
"beaux " vestiges du bagne : Ce sont les îles du Salut
et la tour Dreyfus.
Après Kourou, la nationale s'enfonce dans la forêt profonde. C'est
une déviation récente du Centre Spatial Guyanais (CSG) afin de satisfaire
au besoin de la navette Hermès abandonnée avec la fin de la guerre
froide. C'est un pur produit des techniques de construction de la
transamazonienne. Une saignée, latérite oblige, large d'une centaine
de mètres de part et d'autre sépare mon univers bitumeux de la forêt
vierge. C'est la rivière de Diamant tant sont brillantes les particules
de micas. Il n'y a ni lieu dît ni case ; seuls les fameux PK ou
points kilométriques rythment le long ruban. " I'm a poor lonely
cow boy ". Le déviation, longue d'environ 70 kilomètres, transperce
de petits massifs schisteux qui permettent d'utiliser le couple
du V-Twin. Pendant plus de trente kilomètres, je surplombe l'ensemble
des installations spatiales. Quand je quitte ce petit " Cap
Canaveral à l européenne ", on ne peut s'empêcher de rêver
qu'un peu plus loin Daytona et sa Bike Week nous tendent les bras.
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Deux Harley-Davidson
(Sporster 883 kité 1200 année 1988 et Fat Boy
1993) ayant appartenues à l'auteur de cet article paru
dans le magazine Harley "US Cycle". |
Au-delà du centre spatial, la route est calquée
sur celle d'Easy Rider, vous savez dans la scène avec Jack Nicholson
comme passager. Son tracé est très viroleux. Nous marchons désormais
sur les pas des bagnards. C'est la vraie route de la transportation.
Elle est ponctuée de deux petits bourgs à l'architecture typiquement
créole distants d'une centaine de kilomètre (Sinamarie puis Iracoubo)
avant d'atteindre Saint Laurent du Maroni, le Fleuve Maroni qui
marque la frontière avec le Surinam. C 'est 180 Kilomètres d'une
forêt au vert sombre, menaçante sans âme qui vive si ce n'est une
ou deux voitures croisées dans une surprise mutuelle.
Les arbres plongent leurs puissantes racines dans un cloaque mi-boueux
mi-aqueux
un vrai bayou. Il ne fait pas bon s'arrêter et partir
en goguette dans la forêt. Si vous vous aventurez de quelques mètres
dans cette végétation opaque, n'espérez pas retrouver le layon goudronné.
Des chuchotements stridents et variés avertissent de l'hostilité
de cette nature exubérante. (...)
(...) D'ailleurs, une pose " clope -pipi " sur un de
ces très nombreux ponts entièrement métalliques qui surplombent
ce pays d'eau et de fleuves, me rappelle que mon esprit ne verse
pas dans la paranoïa, ami lecteur !
Machinalement, mon phare est resté allumé. Il est dirigé vers l'abysse
glauque de cette crique ( nom créole désignant un petit cour d'eau
croupissante). Je profite de ce hasard pour scruter , grâce au cône
lumineux la surface de l'eau. Les yeux d'un caïman observe monture
et cavalier. La confrontation, heureusement purement visuelle se
prolonge ; la harley, ce saurien de l'histoire de la moto, intrigue
ce rescapé de la préhistoire
Pas banal comme rencontre! Il
finit par s'évanouir. A chacun son royaume. Tant pis pour les tiags
et heureusement qu'il n'aime pas le hamburger à la sauce us!
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Le Camps
de la transportation à St Laurent. A Droite, les cellules. 70
000 prisonniers passeront par le bagne de 1852 à 1953. En moyenne
6000 prisonniers occupaient les différents sites du bagne de
Guyane. 80% des déportés n'avaient commis que des petits délits...On
l'appelait "la guillotine blanche ou sèche" |
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A gauche,
La "maison" du capitaine Dreyfus sur l'ile du Diable,
à 13 km au large de Kourou. En face, vous apercevez l'ile Royale
et St Joseph. Les îles du Salut peuvent être comparer
à un régime de faveur par rapport aux camps de St laurent du
Maroni. Autre bagnard mondialement connu, Henry Charrière
alias "papillon"i écrivit en 1966 un best seller porté
au cinéma et joué par un certain motard collectionneur d'Indian
et de Harley du nom de Steeve McQueen... logique; ne trouvez-vous
pas? |
C'est un peu pour eux si je suis arrivé à
Saint Laurent du Maroni, terme ultime de mon voyage, cheveux au
vent. Quel moyen de locomotion (à deux ou à quatre roues) évoque
plus la liberté qu'une Harley-Davidson ! Cette moto, qui en d'autres
temps, a libéré d'autres camps
de déportation.
Les cellules ont été transformées en appartement par la mairie de
Saint Laurent. L'état a classé les infrastructures administratives
du bagne espérant attirer le touriste en manque de frissons nauséeux.
La barbarie du bagne, la mécanique de la déportation acceptée par
la population française jusqu'en 1953 (!), n'est pas prête d'être
autopsiée
trop actuelle, trop gênante, embarrassante pour
le pays des droits de l'Homme !
J'ai
fait à ma façon "mon devoir de mémoire " : Un burn out
devant la porte du bagne en échappement
libre bien sur ! J'ai
envie que ce geste dérisoire, j'en ai conscience, fissure symboliquement
"quelques-uns de ces murs de la honte ". C'est une sorte
d'appel à la liberté que seul le V-Twin frappé du " Bar and
Shield " peut véhiculer. J'espère que mon ramdam ou bien la
fumée acre de la gomme brûlée rejoignent les âmes tourmentées des
forçats. Que ce geste leur apportera un peu de réconfort, s'évadant
enfin, qui peut savoir, de cette abomination de l'âme humaine au
guidon d'un V-Twin fantomatique
.. dans un train d'enfer !
C'est sur le run est limité : 260 kilomètres. Des ponts
doivent être jetés vers le Brésil et sa capitale du nord, Belém.
De là, toutes les aventures seront alors possibles: des plages de
Copacabana en passant par les Andes ou plus au sud la Patagonie
et le Cap Horn
Pour 2003, pourquoi pas ne pas rejoindre Milwaukee pour
fêter le centenaire de Harley-Davidson, depuis la Guyane, via la
trans-amazonienne. J'y pense!
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